Aventuriers et navigateurs vénitiens

Par Henri-Pierre Gervais, docteur ès sciences, membre de l’Académie du Var. Aventuriers et Navigateurs dans le Venise triomphante Le nom de Marco Polo symbolise le rêve et l’aventure sur la Route de la Soie, par des pistes caravanières, vers la Chine mystérieuse. Après le sac de Constantinople en 1204, une foule de voyageurs ont assuré sur ce chemin l’essor du commerce entre l’Orient et l’Occident ; marchands ou patriciens de Venise, aucun n’a malheureusement su en laisser une trace écrite, sauf les Polo dont les récits ont soulevé l’enthousiasme à une époque encore médiévale où l’imprimerie n’existait pas encore. Durant presque trois siècles, cette épopée a reposé sur les escales installées par l’empire colonial vénitien et, au-delà de la mer Noire, sur les voies terrestres sécurisées par les Mongols : un fragile équilibre politique rompu notamment par la poussée ottomane. Rejetés vers le Sud, les Vénitiens ouvrent des voies nouvelles : Niccolo de Conti, déguisé en marchand arabe, s’aventure sur la Route des épices, vers l’Inde, la Birmanie et Java ; les notes qu’il rapporte sont des documents essentiels pour les cartographes. Au Quattrocento, Venise épuisée par la lutte continuelle contre les ottomans dans la Méditerranée orientale mobilise ses ressources et son activité dans l’installation en Terre Ferme. Son système social fermé contraint ceux que tente l’aventure individuelle à offrir leurs services aux souverains étrangers : Alvise Ca Da Mosto explore les côtes africaines pour Henri le Navigateur; Giovanni Caboto concurrence Christophe Colomb, par une route septentrionale, et atteint l’Amérique du Nord. C’est l’histoire de ces hommes exceptionnels que je me propose de vous raconter.