Le crocodile trompeur / Didon et Énée

Le très baroque Didon et Énée de Purcell conte l’histoire d’amour tragique de la belle reine de Carthage abandonnée par celui qui doit accomplir sa destinée et fonder Rome. Samuel Achache et Jeanne Candel ont eu l’idée de créer autour de cette oeuvre, une pièce qui intègrerait à la forme de l’opéra celles du théâtre et du jazz. Ce parti pris risqué reposait sur le choix des artistes et le choix fut judicieux. Chacun d’eux passe aisément de la musique au jeu et inversement avec une aisance qui fait toute l’homogénéité de ce jubilatoire Crocodile qui est incontestablement le succès de cette saison. Le ton est décalé, la musique aussi – quand elle prend parfois une couleur jazzy qui lui sied bien – et les trouvailles scénographiques créent des moments de réelle hilarité. Mais ni l’oeuvre de Purcell ni sa tension tragique ne sont altérées. Dans ce décalage ludique l’émotion est d’autant mieux mise en exergue et trouve un magnifique point d’orgue avec le lamento final de la lumineuse Judith Chemla à la très jolie voix de soprano.