Le président

Comme beaucoup d’œuvres de Thomas Bernhard Le Président eut lors de sa sortie un goût de souffre. La première allemande eut en effet lieu le jour même de l’ouverture du premier procès de la Fraction Armée Rouge, alors que les personnages, couple présidentiel confiné dans ses appartements après avoir échappé à une tentative d’assassinat, souhaitent en « finir rapidement avec les anarchistes sans autre forme de procès ». Mais la pièce est avant tout un huis clos domestique où le couple, interprété par Marief Guittier et Charlie Nelson, formidables de drôlerie et de profondeur tout à la fois, est condamné à se détester mais à se soutenir aussi contre vents et marées dans sa haine et sa peur de l’autre. Cet autre qui cherche à les supplanter. Cet autre, menace sourde à leur ambition… Le metteur en scène Michel Raskine, en resserrant l’intrigue sur les personnages principaux, traque à travers leurs postures de tyrans la fêlure qui les rend si monstrueusement humains.