Les mots pour le dire

De 11h à 19h, hall du théâtre. Entrée libre. Théma avril/mai « Les Mots pour le dire ». Vernissage le jeudi 7 avril à 18h30. Projet participatif réalisé par Jean-Pierre Moulères, auteur, scénographe et commissaire d’expositions, qui raconte autrement la ville de Toulon. Dix ateliers d’écriture ainsi que des entretiens avec des Toulonnais ont permis de collecter des impressions qui redessinent la ville en une carte légendée de multiples parcelles de vivant. Une installation incluant un grand plan de la ville, annoté par ses habitants, est exposée dans le hall du théâtre. L’intérêt étant de croiser de nombreuses et diverses expériences sensibles de la ville, chacun est donc le bienvenu pour faire évoluer le plan jusqu’au 8 mai. Un deuxième accrochage, avec les nouvelles légendes récoltées in situ, sera présenté à partir du 19 mai. +++++++++ Le plan de la ville, nous parlons ici de Toulon, n’est pas fait que du nom des rues, d’indications pour les sens uniques et autres signes conventionnels de voirie. Ses légendes ne sont pas que celles qui désignent les parcs, parkings et monuments. Ses couleurs n’identifient pas que les cours d’eau, ports, jardins publics et autres espaces arborés, ses lignes droites, courbes, croisées ne symbolisent pas que les axes majeurs et mineurs de circulation et des transports en commun. La ville a d’autres plans, d’autres répertoires, d’autres transports, d’autres légendes qui viennent se superposer comme un millefeuille de calques au plan officiel pliable, imprimable ou consultable sur les panneaux lumineux des grandes artères. Chacun porte en lui une ville faite de chemins quotidiens, de noms de personnes, de souvenirs intimes, de sensations, de points de vues aimés et de rues évitées. Qu’on y soit né, qu’on y vive (depuis tout ce temps, déjà !), qu’on y soit de passage ou qu’on y arrive, on a tous une façon de construire une ville mentale, affective, utile faite de trajets, de points de repères, de jardins privés et de monuments modestes, de gens proches ou à peine croisés, de noms qui ne sont pas que ceux accrochés au coin des rues. C’est cette légende-là que nous allons raconter, noter, écrire ensemble, ce plan que nous allons dessiner où chacun est en partie, le géographe, l’architecte d’une ville moins connue, imperceptible et discrète, l’artisan qui brode les contours, tisse les liens et invente une trame poétique jour après jour qui est l’âme même de la cité. Pour cela pas besoin de savoir dessiner un plan, on le porte en nous, pas besoin de savoir écrire, on sait parler, pas besoin de savoir…, on sait vivre. Dire sa ville c’est parler de soi, c’est inscrire son expérience dans un bien commun. C’est la faire résonner avec d’autres, semblables et diverses. C’est parler de soi plus aisément peut-être puisque c’est de la ville que l’on parle en lui prêtant des bouts de soi. Parler, écrire de soi sur un même sujet, c’est montrer, démontrer que chacun en déposant un fragment sensible de son vécu, construit la ville d’un patrimoine immatériel, ô combien précieux. Jean-Pierre Moulères Jean-Pierre Moulères est auteur, scénographe et commissaire d’expositions. Il conçoit des projets participatifs axés tout particulièrement sur les pratiques simples et amateurs. Plusieurs années de formation en théâtre, danse contemporaine, arts plastiques et en pédagogie l’ont amené à fréquenter les scènes du spectacle vivant. Sa participation aux ateliers d’été de l’OuLiPo a confirmé chez lui le goût d’appeler les autres à écrire et à raconter. Il a travaillé avec le metteur en scène et directeur du Théâtre de l’Arpenteur Hervé Lelardoux au projet Rennes, guide de la ville invisible (Éditions Terre de brume, 1999), puis écrit Moi, j’ai rien d’intéressant à dire : Petits propos sur le théâtre par ceux qui n’y vont presque pas (Éditions l’Atalante, 2003) ainsi que Que reste-t-il ?, chronique de trois ans d’action artistique auprès des spectateurs du Merlan, la scène nationale de Marseille. Entre-temps, il est revenu à la danse pour accompagner Thierry Thieû Niang, complice de longue date, dans un projet où des seniors ont été invités à découvrir la danse contemporaine. Mêlant danses improvisées et ateliers d’écriture, ils ont créé Du printemps !, d’après Le Sacre du Printemps de Stravinsky. La pièce a été présentée au Festival d’Avignon, au Théâtre de la Ville à Paris, à la Biennale de la Danse à Lyon… Chef de projet dans le cadre de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture, il y a développé plusieurs propositions participatives faisant appel aux pratiques simples et usuelles des habitants. Il a conçu Les Chercheurs de midi, grand projet de collecte de photos de famille, qui a fait l’objet de plusieurs expositions très fréquentées et d’un livre éponyme édité par Le bec en l’air. Pour la ville de Saint-Ouen, en 2014, il a assuré le commissariat de La lumière du dehors, une exposition de photos de famille à partir du fonds d’archives de la ville. Il a travaillé dans le cadre de Pilsen, Capitale européenne de la culture 2015 au montage d’un projet de collecte de photos sur cette région de la Bohème de l’ouest et une exposition à partir de ce fonds Un paradis entre quatre rivières.