The last supper

On est onze à table pour le dîner d’une famille aisée : le père et le gendre parlent affaires pendant que la fille tire inlassablement sur sa mini-jupe et que, sous son foulard, la belle-fille ne décroche pas des réseaux sociaux. Attendue, la mère Nadia n’arrive pas. Au milieu des sourires figés du personnel de service, la discussion, alimentée par l’invité, Général de l’armée, dérive vers l’Égypte d’après Moubarak. Acteur important de la scène cairote, artiste à la trajectoire internationale, Ahmed El Attar convoque un banquet caricatural qui s’apparente à un crépuscule des dieux. Autrefois éclairée, la caste dominante confite dans ses idées préconçues et ignorantes jusqu’au mépris de la réalité du peuple, se trahit désormais jusque dans sa gestuelle. C’est le tour de force de cette œuvre extrêmement maîtrisée, articulée autour de répliques cinglantes, que de montrer sans véhémence l’état d’une société qui tient artificiellement, dans l’illusion de l’abondance, conjuguant signes extérieurs de richesse et vide intérieur. Une cruelle et jubilatoire satire sociale, sous le double signe de Tchekov et des « printemps arabes ».